Le perfectionnisme peut sembler être un atout dans la récupération — après tout, ne devrait-on pas tout faire parfaitement pour maintenir sa sobriété ? Malheureusement, les schémas de pensée perfectionnistes deviennent souvent l'un des plus grands obstacles au succès à long terme dans la récupération.
Le piège perfectionniste dans la récupération
Beaucoup de personnes qui entrent dans la sobriété apportent avec elles des tendances perfectionnistes. Elles fixent des standards impossiblement élevés : ne jamais manquer une réunion, suivre chaque règle de récupération à la perfection, ou s'attendre à se sentir incroyable immédiatement. Quand la réalité ne correspond inévitablement pas à ces attentes irréalistes, la mentalité perfectionniste peut déclencher de la honte, de l'autocritique et finalement la rechute.
La pensée tout ou rien
Le perfectionnisme engendre une pensée en noir et blanc. Tu es soit « parfaitement sobre » soit un « échec total ». Cette distorsion cognitive ignore la réalité que la récupération est un processus avec des hauts et des bas. Quand la pensée perfectionniste prend le dessus, un seul faux pas — manquer une réunion de groupe de soutien, avoir un moment de doute, ou se sentir moins que brillant — devient une preuve catastrophique d'un échec total.
« Le progrès, pas la perfection » n'est pas seulement un slogan de récupération — c'est un changement fondamental dans la façon dont nous mesurons le succès dans la sobriété.
Comment le perfectionnisme mine la récupération
1. Des attentes irréalistes créent un stress constant
La pensée perfectionniste te prépare à un stress chronique et à la déception. Quand chaque journée doit être « parfaite », les défis normaux — comme être fatigué, avoir des envies ou lutter avec des émotions — deviennent des preuves d'échec plutôt que des parties normales du processus de récupération. Ce stress constant peut déclencher une anxiété rebond et rendre la sobriété insupportable.
2. La peur de l'échec empêche l'action
Les perfectionnistes procrastinent souvent ou évitent d'agir parce qu'ils craignent de ne pas faire quelque chose parfaitement. Cela peut t'empêcher de demander de l'aide, d'essayer de nouvelles stratégies d'adaptation, ou de prendre des risques calculés qui pourraient soutenir ta récupération.
3. Les cycles de honte
Quand les perfectionnistes n'atteignent inévitablement pas leurs standards impossibles, une honte intense s'ensuit. La honte est toxique pour la récupération — elle t'isole, diminue ta motivation et peut déclencher les comportements mêmes que tu essaies d'éviter. Si tu vis un revers, rappelle-toi que la rechute n'efface pas tes progrès.
4. Manque d'autocompassion
La pensée perfectionniste bloque l'autocompassion, dont la recherche montre qu'elle est cruciale pour un changement de comportement durable. Sans autocompassion, les erreurs deviennent des échecs moraux plutôt que des opportunités d'apprentissage.
Se libérer des schémas perfectionnistes
Embrasser le « suffisamment bien »
La récupération ne nécessite pas la perfection — elle nécessite de la constance et de l'autocompassion. Vise « suffisamment bien » plutôt que parfait. Si tu assistes à 80 % de tes réunions de soutien plutôt qu'à 100 %, c'est quand même un excellent progrès. Si tu passes une journée difficile mais que tu ne bois pas, c'est une victoire qui mérite d'être célébrée.
Pratiquer la pensée axée sur le processus
Au lieu de te concentrer uniquement sur les résultats (comme le nombre de jours sobres), concentre-toi sur le processus. As-tu utilisé des mécanismes d'adaptation sains aujourd'hui ? As-tu demandé du soutien quand tu en avais besoin ? As-tu pris soin de toi ? Ces objectifs de processus sont dans ton contrôle et construisent les bases du succès à long terme.
Développer un état d'esprit d'« apprentissage »
Recadre les revers comme des points de données plutôt que des échecs. Que peux-tu apprendre des moments difficiles ? Comment peux-tu ajuster ton approche ? Ce changement d'état d'esprit transforme les obstacles en opportunités de croissance.
Fixer des objectifs réalistes et flexibles
Au lieu de « je n'aurai jamais plus une autre envie », essaie « je pratiquerai mes compétences d'adaptation quand des envies surgissent ». Au lieu de « je dois me sentir heureux chaque jour dans ma sobriété », essaie « je travaillerai à construire une résilience émotionnelle un jour à la fois ».
Construire l'autocompassion dans la récupération
L'autocompassion comporte trois composantes clés :
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Bienveillance envers soi : Traite-toi avec la même gentillesse que tu montrerais à un bon ami face à des défis similaires.
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Humanité commune : Rappelle-toi que la lutte fait partie de l'expérience humaine — tu n'es pas seul à faire face à des difficultés.
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Pleine conscience : Observe tes pensées et sentiments sans jugement ni tentative de les corriger immédiatement.
Exercice pratique d'autocompassion
Quand tu remarques que la autocritique perfectionniste surgit, essaie cette simple pratique :
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Reconnais le moment difficile : « C'est un moment de lutte. »
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Normalise l'expérience : « La difficulté fait partie de la récupération. »
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Offre-toi de la gentillesse : « Puissé-je être bienveillant envers moi-même en ce moment. »
La récupération est un marathon, pas un sprint
La sobriété durable se construit par une action constante et imparfaite dans le temps — pas par une exécution sans faille. Les personnes qui maintiennent une récupération à long terme ne sont pas celles qui n'ont jamais lutté ; ce sont celles qui ont appris à répondre aux luttes avec autocompassion et résilience.
Rappelle-toi que chaque jour où tu choisis la sobriété — même les jours désordonnés et imparfaits — est une victoire qui mérite d'être célébrée. Ta récupération n'a pas besoin d'être parfaite pour être réelle, précieuse et transformatrice.
Avancer avec compassion
Si tu reconnais des schémas perfectionnistes dans ton parcours de récupération, commence petit. Choisis un domaine où tu peux pratiquer « suffisamment bien » au lieu de parfait. Remarque les pensées autocritiques et pratique-toi à répondre avec curiosité au lieu de jugement. Célèbre les progrès dans toutes leurs formes imparfaites.
Ta récupération t'appartient. Elle n'a pas besoin de correspondre au calendrier de quelqu'un d'autre ou de ressembler au parcours de quelqu'un d'autre. Ce qui compte, c'est que tu continues à te présenter, un jour imparfait à la fois. Tu n'as pas besoin d'atteindre le fond du gouffre ni d'être parfait — tu as juste besoin d'être engagé.
La façon dont tu encadres ton identité compte aussi. Envisage de lire pourquoi certaines personnes choisissent de dire « rétabli » plutôt que « en rétablissement » — c'est un autre exemple de la façon dont le langage et l'état d'esprit façonnent ton parcours de récupération.

